30 JOURS POUR PARTIR : ISRAËL DÉFIE LONDRES, L’HISTOIRE SE RETOURNE CONTRE SON ANCIEN PARRAIN

    Jérusalem claque la porte au Royaume-Uni :   quand Israël répond aux sanctions britanniques par l’humiliation diplomatique


     Il y a des images diplomatiques qui valent mille discours.

     Israël donne 30 jours au Royaume-Uni pour fermer son consulat à Jérusalem-Est.

Trente jours.

Pas une protestation.

Pas une convocation d’ambassadeur.

Pas une note diplomatique.

Un ultimatum.

    La décision intervient après les sanctions annoncées par Londres contre les produits issus des colonies israéliennes en Cisjordanie, dans le cadre d’une offensive diplomatique menée avec la France, le Canada et plusieurs autres pays. Israël a également décidé d’interdire l’entrée sur son territoire à plusieurs responsables britanniques et de mettre fin à certaines coopérations britanniques.

    Et soudain, une question historique surgit avec une brutalité particulière :

    Comment en est-on arrivé à voir Israël donner des leçons à Londres ?

   L’ÉLÈVE D’HIER PARLE AU PARRAIN D’HIER

Il faut remonter à 1917.

La Grande-Bretagne publie la Déclaration Balfour, qui soutient l’établissement en Palestine d’un « foyer national pour le peuple juif ». Quelques années plus tard, Londres reçoit le mandat sur la Palestine.

L’Empire britannique devient alors l’une des puissances centrales de l’histoire politique de cette terre.

Mais l’Histoire ne s’arrête jamais là où les puissances pensent l’avoir écrite.


      Israël proclame son indépendance.

     Puis l’État se consolide, construit une armée puissante, développe une industrie technologique redoutable et devient progressivement une puissance incontournable du Moyen-Orient.

          Et aujourd’hui ?

     Israël ordonne à la Grande-Bretagne de fermer son consulat à Jérusalem-Est.

Quel retournement.

      L’ancien empire n’est plus en position de donner des ordres.

     Celui qui a longtemps pesé sur le destin de la région se retrouve désormais sommé de sortir.

     LONDRES SANCTIONNE. JÉRUSALEM RIPOSTE.

     Le conflit diplomatique actuel ne tombe pas du ciel.

    Londres affirme que l’expansion des colonies israéliennes menace directement la possibilité d’un État palestinien viable.

     Avec la France, le Canada et d’autres États, le Royaume-Uni a annoncé des restrictions visant le commerce lié aux colonies israéliennes de Cisjordanie. Londres veut également sanctionner des entreprises et des personnes qui facilitent ou profitent de l’expansion des colonies.

    Le message britannique est clair :

     la solution à deux États ne peut pas rester un slogan pendant que le territoire palestinien continue de se fragmenter.

    Israël, lui, voit dans ces mesures une ingérence dans ses affaires souveraines et une tentative de pression politique, à quelques semaines de ses élections.

La réponse est donc brutale.

Tu me sanctionnes ? Je ferme ta porte.

   MAIS POURQUOI LE ROYAUME-UNI ?

   C’est là que le symbole devient explosif.

   Israël n’a pas choisi n’importe quelle puissance occidentale.

   Il s’en prend à Londres.

      À l’ancienne puissance mandataire.

À l’un des acteurs historiques de la question palestinienne.

À un pays dont l’histoire est intimement liée à la naissance de l’ordre politique moderne au Proche-Orient.

Voilà pourquoi cette affaire dépasse largement la fermeture d’un consulat.

    C’est une bataille de mémoire.

    Une bataille de souveraineté.

    Une bataille d’influence.

    Et peut-être même une bataille entre deux générations de puissances.

« VOUS NOUS AVEZ AIDÉS HIER. VOUS NE NOUS COMMANDEREZ PAS AUJOURD’HUI. »

    C’est, en substance, le message que Jérusalem adresse à Londres.

    Et il faut reconnaître une chose :

    Israël n’est plus l’État dépendant et fragile des premières décennies.

    Israël a aujourd’hui la capacité militaire, économique, technologique et diplomatique de tenir tête à plusieurs capitales occidentales.

    Le problème est que cette puissance nouvelle produit aussi une nouvelle attitude.

   Une attitude qui semble dire :

« Nous n’avons plus besoin de votre permission. »

Et c’est précisément là que Londres découvre peut-être les limites de son propre héritage impérial.

MAIS ISRAËL JOUE-T-IL AVEC LE FEU ?

   C’est la grande question.

   Car le Royaume-Uni n’est pas seul.

     La France est engagée.

Le Canada aussi.

Et plusieurs pays européens ont rejoint ou soutiennent cette dynamique contre les produits provenant des colonies.

Israël peut donc remporter une victoire symbolique contre Londres.

Mais à quel prix ?

Car chaque rupture avec une capitale occidentale peut renforcer l’image d’un Israël de plus en plus isolé diplomatiquement.

Et c’est là tout le paradoxe.

Israël veut montrer qu’il est assez puissant pour défier ses anciens alliés.

Mais plus il les défie, plus il risque de les perdre.

    LONDRES N’EST PLUS LE LONDRES D’AVANT

     Il faut également regarder l’autre côté du miroir.

La Grande-Bretagne porte une responsabilité historique particulière dans le dossier palestinien.

      Elle a administré la Palestine sous mandat.

     Elle a participé à créer le cadre politique dans lequel les affrontements entre projets nationaux juif et arabe se sont intensifiés.

    Puis elle a quitté la Palestine en 1948.

          L’Empire est parti. Le problème, lui, est resté.

    Et aujourd’hui, Londres revient avec des sanctions et un discours beaucoup plus dur sur les colonies.

    L’Histoire a donc quelque chose d’ironiquement cruel :

    la puissance qui a autrefois administré le territoire se retrouve aujourd’hui accusée par Israël de s’immiscer dans ses affaires.

     JÉRUSALEM CONTRE LONDRES : QUI PEUT ENCORE DONNER DES LEÇONS ?

    Voilà la vraie question.

    Londres estime défendre le droit international et la possibilité d’un État palestinien.

    Jérusalem estime défendre sa souveraineté et refuse que des gouvernements étrangers lui imposent leur politique.

- Deux récits.

- Deux légitimités revendiquées.

- Deux visions du Moyen-Orient.

     Mais au milieu de cette bataille diplomatique, il y a un peuple qui reste sans État pleinement souverain.

     Le peuple palestinien.

    Et pendant que Londres et Jérusalem s’échangent sanctions et représailles, la question fondamentale demeure :

    Combien de temps encore la communauté internationale parlera-t-elle d’une solution à deux États sans pouvoir empêcher la disparition progressive de l’espace territorial nécessaire à cette solution ?

L’ULTIMATUM DES 30 JOURS

Trente jours.

C’est désormais le délai donné à Londres.

   Le consulat britannique de Jérusalem-Est, qui joue un rôle diplomatique important vis-à-vis de Jérusalem, de la Cisjordanie et de Gaza, est au cœur de la confrontation.

    Trente jours pour fermer une représentation diplomatique.

    Trente jours pour tourner une page.

   Mais surtout, trente jours qui racontent un siècle d’Histoire.

1917 : Londres parle.

1948 : Israël naît.

2026 : Israël parle.

Et Londres écoute.

    L’Histoire vient peut-être de changer de sens.

    L’ancien empire n’est plus celui qui fixe les règles.

    L’ancien protégé n’est plus celui qui demande la permission.

    Israël peut désormais claquer la porte au nez de Londres.

    Mais la puissance ne dispense jamais de répondre à une question essentielle :

       Que gagne-t-on à être assez fort pour fermer une porte, si l’on finit par se retrouver avec de moins en moins d’alliés derrière soi ?

À Jérusalem, la porte britannique se referme.

Mais la véritable bataille, elle, ne fait peut-être que commencer.