L’arrestation de Rodrigo Duterte, en mars 2025, marque un tournant historique : pour la première fois, un ancien président philippin est poursuivi devant la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité. Les audiences de confirmation qui s’ouvrent ce lundi doivent décider s’il y aura procès ou non. Officiellement, la justice internationale suit son cours. Officieusement, une question brûle toutes les lèvres : la CPI juge-t-elle le crime ou choisit-elle ses cibles ?
Duterte est poursuivi pour sa guerre contre la drogue, une campagne sanglante qui aurait fait au moins 6 000 morts, essentiellement des dealers et des suspects exécutés sans procès. Des chiffres glaçants, des méthodes brutales, une politique assumée. À son arrestation, l’ancien homme fort de Manille ne s’est pas excusé :
« Ne remettez pas en question mes politiques. Je n’ai pas d’excuses. J’ai fait ce que j’avais à faire, et je l’ai fait pour mon pays. »
Cette déclaration résume tout : Duterte ne nie rien. Il revendique. Il assume la violence d’État comme outil de gouvernance. Et pour cela, il est aujourd’hui dans le box des accusés.
Mais le malaise commence ici.
Car pendant que Duterte est arrêté pour avoir tué des narcotrafiquants, d’autres dirigeants sont enlevés, renversés ou poursuivis pour ne pas avoir mené ce type de guerre. Le message devient confus, presque absurde :
- tuer, c’est un crime contre l’humanité ; ne pas tuer, c’est parfois une faute politique punissable par d’autres moyens.
Alors où est l’erreur ?
Dans les actes de Duterte ? Ils sont graves, indéniablement.
Dans le principe de justice internationale ? Il est nécessaire, en théorie.
Ou dans son application sélective, fluctuante selon les intérêts géopolitiques ?
La CPI semble aujourd’hui marcher sur une ligne dangereuse. En poursuivant certains chefs d’État tout en fermant les yeux sur d’autres conflits autrement plus meurtriers, elle alimente l’idée d’une justice à géométrie variable, sévère avec les dirigeants du Sud, prudente avec les puissants, muette face aux alliés stratégiques des grandes puissances.
La question n’est donc plus seulement : Duterte doit-il être jugé ?
Mais plutôt : la CPI est-elle encore un instrument de justice universelle ou est-elle devenue un champ de bataille politique déguisé en tribunal ?
Si la Cour veut rester crédible, elle devra répondre à cette interrogation fondamentale. Car une justice qui frappe sans cohérence cesse d’être une justice. Elle devient un outil. Et l’Histoire, elle, finit toujours par juger les juges.
CHRONIQUES POLITIQUES
La CPI face à ses contradictions
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