"Quand la constitution devient un outil de succession, la démocratie devient une illusion"
Il y a des réformes qui modernisent un État.
Et d’autres qui organisent sa confiscation.
Au Cameroun, le pouvoir vient de franchir une ligne dangereuse. En modifiant les règles du jeu au sommet de l’État, le régime de Paul Biya ne réforme pas : il redessine la succession.
Hier encore, une vacance du pouvoir ouvrait une fenêtre démocratique : le Président du Sénat assurait l’intérim, et le peuple était appelé aux urnes dans un délai de 120 jours.
Aujourd’hui, cette incertitude pourtant essentielle à toute démocratie disparaît.
Place à une certitude : un Vice-Président… nommé.
Nommer celui qui pourrait vous succéder, c’est supprimer le peuple de l’équation.
C’est transformer une République en héritage potentiel.
Et dans les murmures feutrés de Yaoundé, un nom flotte, persistant, presque évident : Franck Emmanuel Biya.
Silencieux. Discret. Invisible… mais omniprésent dans les calculs du pouvoir.
Pour les fidèles du régime, il incarne la continuité.
Une transition douce, sans turbulence, sans rupture.
Mais pour une grande partie de l’opinion, une autre lecture s’impose :
celle d’un passage de témoin sans compétition, sans débat, sans légitimité populaire.
Car enfin, quelle démocratie prépare son avenir dans le silence des couloirs ?
Quelle République choisit son futur dirigeant avant même que le peuple ne vote ?
Le danger n’est pas seulement institutionnel.
Il est symbolique.
Lorsque les règles sont taillées sur mesure, ce ne sont plus les citoyens qui choisissent leur destin…
ce sont les dirigeants qui choisissent leurs successeurs.
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