Dans le ciel politique de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO s’élève avec ambition. Comme Icare, ce mythe grec qui osa s’approcher trop près du soleil, l’organisation régionale déploie ses ailes avec l’espoir de fédérer, d’intégrer et de protéger ses États membres. Mais l’ombre de la chute n’est jamais loin.
Créée pour être le moteur de l’intégration économique et politique, la CEDEAO s’est imposée comme un acteur incontournable de la stabilité régionale. Ses interventions, qu’elles soient diplomatiques, économiques ou militaires, sont souvent présentées comme les instruments de la paix et de la démocratie. Pourtant, ces mêmes initiatives trahissent parfois une ambition disproportionnée par rapport à la réalité des États qu’elle encadre.
Les dernières crises politiques dans certains pays membres illustrent cette tension. La CEDEAO se veut garante de la démocratie, mais se retrouve confrontée à des régimes réticents, des peuples sceptiques, et des dirigeants qui jouent avec ses règles comme Icare jouait avec le ciel. Les sanctions économiques, les pressions diplomatiques, les menaces d’intervention militaire : autant de mesures qui, sans préparation ni adhésion populaire, risquent de provoquer un effet contraire à celui escompté.
Cette institution, censée être un espace d’harmonisation, ressemble parfois à un marché politique où se croisent ambitions, rivalités et calculs de puissance. Les États membres les plus puissants tirent les ficelles, non pas toujours au nom de l’intérêt commun, mais de celui de leur impunité et de leur influence. Et tandis que la CEDEAO déploie ses ailes, le vent de la réalité pourrait bien l’emporter vers une chute désastreuse, brisant le rêve d’intégration régionale.
Le défi est clair : pour éviter la tragédie d’Icare, la CEDEAO doit apprendre à voler avec prudence. Ses interventions doivent être guidées par une stratégie réaliste, par le respect de la souveraineté des États et par une légitimité qui ne repose pas seulement sur le pouvoir de sanctions ou la force militaire, mais sur la confiance de ses peuples. La route vers l’intégration n’est pas celle de l’ambition démesurée, mais celle de la patience, de l’équilibre et de la concertation.
Si la CEDEAO échoue à trouver ce juste milieu, elle risque de devenir un symbole de ce que l’Afrique de l’Ouest n’a pas su construire : une union solide, respectueuse, et crédible. Comme Icare, elle devra apprendre que le ciel, aussi tentant soit-il, peut se montrer impitoyable.
LE PANAFRICAIN